Le surréalisme, un mouvement d’après-guerre

22 Apr

Durant la période 1919-1939, un véritable changement s’opère dans la perception qu’ont les hommes du monde et de l’art. Ceci est dû en partie à l’état d’esprit de l’entre-deux-guerres (les hommes cherchent de nouveaux moyens d’évasion); aux innovations technologiques qui rendent possible une transformation de la production artistique. De nouveaux mouvements voient le jour. Ils se veulent novateurs, révolutionnaires, en réaction contre l’ordre établi.

« SURRÉALISME, n. m. Automatisme psychique pur par lequel on se propose d’exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée, en l’absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale. »

André Breton, Manifeste du surréalisme, 1924.

Voici comment André Breton, chef de file du mouvement surréaliste et auteur fameux du “manifeste du surréalisme” paru en 1924 (disponible librement sur : Manifeste_du_surr%C3%A9alisme) résume et énonce les principes du groupe.

Afin de se plonger dans le contexte artistique et historique, nous vous recommandons ce dossier très intéressant crée par une élève de l’école Louis Lumière : http://deja.vu.free.fr/txt/sureel.pdf

Le groupe surréaliste à Paris, vers 1930. De gauche à droite : Tristan Tzara, Paul Eluard, André Breton, Hans Arp, Salvador Dali, Yves Tanguy, Max Ernst, René Crevel, Man Ray

http://tecfa.unige.ch/tecfa/teaching/UVLibre/9899/mer009/pages/constellation.htm

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Sur les ruines de Dada

21 Apr

Les débuts de la nouvelle photographie en France sont liés à un mouvement né en Suisse et en Allemagne : Dada (mouvement en réaction contre la bourgeoisie, la société, la politique, la guerre…)

Le surréalisme a une vision plus positive du monde et de la création. Là où dada voulait faire table rase du passé, le surréalisme veut reconstruire les fondements de l’imagination en mettant en avant certaines idées comme l’automatisme, le hasard, l’importance de l’inconscient ou du rêve dans la création.

Dada a voulu détruire l’art, le surréalisme veut le réaliser.

C’est à Paris, alors capitale mondiale de l’art que va se former le noyau dur du mouvement et la première réflexion surréaliste avec la rencontre entre Breton, Aragon, Soupault, Péret et quelques autres. Ils participent à l’élaboration d’un nouvel état d’esprit, ils recherchent quelque chose qui ne se trouve pas dans les mœurs de la société culturelle de l’époque, un moyen d’exprimer leur vision du réel et d’explorer les rouages de l’inconscient. De cette mise en commun d’idées naît le premier manifeste du surréalisme en 1924 où sont posées les bases du mouvement.

L’importance de l’action collective

20 Apr

Le surréalisme n’est pas une école en soi mais plutôt un raisonnement en perpétuel évolution, une nouvelle façon d’être et de penser, et de mettre en commun ses idées. Comme le souligne Ernst : « Le surréalisme contribue à l’émancipation de l’homme, et il n’y a pas d’art sans échanges d’idées qui ne peuvent naître que d’un groupe en perpétuelle mouvance. »

 Les surréalistes sont avant tout un groupe soudé : « J’ai toujours plus compté sur l’action collective que sur l’action individuelle » disait André Breton. Il y a dans l’iconographie surréaliste une représentation collective qui joue avec les codes de la photographie de groupe en introduisant dans des compositions classiques des éléments perturbateurs voire provocateurs.

 Cette primauté du collectif sur l’individu s’est traduite par la multiplication des activités de groupe : écriture de textes à plusieurs, jeux des cadavres exquis, collages collectifs …

Lorsque le groupe dans son entier ne peut être réuni, on pratique le photomontage, ou le pêle-mêle à partir de portraits individuels. Régulièrement publiés dans les ouvrages du mouvement, ces portraits collectifs ont plusieurs fonctions : ils montrent l’activité du groupe ou ils le représentent en tant qu’entité solidaire.


Man Ray, L’échiquier surréaliste, 1934

Les surréalistes et la production artistique

19 Apr

Les surréalistes étaient très actifs concernant la production artistique et ils désiraient faire partager leurs œuvres puisqu’ils voulaient changer le monde et pour cela il fallait « changer la vue ». Leurs nombreuses images ont vécu, surtout, à travers les diverses publications dont elles ont été l’objet et qui ont fait découvrir l’art surréaliste à la conscience collective notamment autour des revues La révolution surréaliste (1925-1929), Minotaure (1933-1939), Document (1929-1930), ou encore Le surréalisme au service de la révolution (1930-1933).

Après la Première Guerre mondiale, les photographies seront largement exploitées par la publicité, la mode ou l’illustration. Dès la fin des années vingt, plusieurs photographes directement impliqués dans l’aventure surréaliste répondent déjà à des commandes pour la presse et l’édition. Man Ray travaille pour Harper’s Bazaar ou Vogue, Dora Maar réalise des publicités pour Pétrole Hahn, Claude Cahun illustre un livre pour enfants. Par ces travaux, les photographes du mouvement ont largement participé à la divulgation de l’imagerie et de l’esprit surréaliste et ce, finalement, à leurs dépens puisque la publicité s’est attribué leurs images et celles-ci ont été détournées de leur but premier : faire réfléchir, amener le spectateur à remettre en question ce qui l’entoure.


  Man Ray, Les Larmes, 1933

 (publicité pour le mascara «cosmecil » d’Arlette Bernard)

Dora Maar,

Publicité pour la lotion capillaire “Pétrole Hahn”, en collaboration avec Pierre Kéfer, 1935

Les grands thèmes I

18 Apr

Les surréalistes se sont nourris des grands thèmes récurrents dans leur réflexion ainsi que dans leurs œuvres.

Mais si le fortuit a une grande place dans la photographie surréaliste une certaine théâtralité est présente dans bon nombre de leurs clichés. Les photographies mises en scène expriment grâce à un élément perturbateur, incongru, une sorte de « fausse note » photographique. La représentation perd alors tout ancrage dans le réel. L’image performée et réfléchie peut entretenir un rapport au théâtre ou au film, comme dans les mises en scène d’Antonin Artaud ou d’Eli Lotar qui servent d’esquisses à des photomontages.

Le merveilleux s’est vu attribué une place importante dans la démarche surréaliste, les artistes se sont mis à chercher le merveilleux dans le réel lui-même. Ils ont fait de la ville le lieu même de la rencontre fortuite et de la révélation d’une « inquiétante étrangeté » du quotidien. Ils ont été influencés à ce propos par le photographe Eugène Atget qui a constitué une véritable « banque de données » de la ville lumière. Ils ont arpenté les rues à la recherche des manifestations d’un merveilleux moderne : les enseignes, les devantures de vitrines, les mannequins, les immeubles, les trottoirs et ruelles.

Raoul Ubac, La Rue derrière la gare, 1936
Épreuve gélatino-argentique, reproduction d’un photomontage, tirage d’époque, 58,6 x 78,4 cm
Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, Paris. Dation en 1989

Les grands thèmes II

17 Apr

Instrument privilégié d’une métamorphose du réel, le gros plan est souvent utilisé par les surréalistes. Ces derniers sont à l’affût du monde qui les entoure et de la multitude de rencontres, d’apparitions, de découvertes possiblement cachées derrière les apparences.

La vision rapprochée permet la révélation de détails incongrus qui échappent à l’œil. Les objets, les parties du corps, isolés par le cadrage, deviennent visibles autrement.

Le miroir est lui aussi un des éléments important du surréalisme. La traversée du miroir symbolise nettement le fait de rentrer dans un monde imaginaire. Différentes photos sont obtenues grâce à cet objet, donnant lieu à des représentations incongrues grâce au dédoublement d’une partie d’un  corps.

Les surréalistes se sont aussi exprimés à travers l’érotisme en photographie. L’image de la femme occupe elle aussi une place considérable. Elle est sublimée, déformée, parfois même difficilement identifiable.

Grâce à une inversion des valeurs, des plans rapprochés et des cadrages inhabituels une pratique surréaliste du nu se constitue dans les années trente.

Souvent le corps féminin à été détaillé, morcelé, isolant les attributs érotiques: gros plans de bouches, yeux, nuques, cheveux, poitrines, sexes, fesses…

Ainsi l’image de la femme est un support à l’imaginaire, invitant à la rêverie et permettant aux surréalistes de bouleverser les codes du beau dans la photographie classique puisque, même si les modèles peuvent prendre des poses assez conventionnelles, le photographe surréaliste la transforme par un cadrage inhabituel ou par une modification et une retouche du support.

Raoul Ubac, La Nébuleuse, 1939
Épreuve gélatino-argentique, brûlage, tirage d’époque, 40 x 28,3 cm
Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, Paris

Les différentes techniques plastiques

16 Apr

Désireux de révolutionner la photographie, les surréalistes ont inventé ou réutilisé des techniques plastiques permettant une modification (aléatoire ou non) de la photographie. Voici un échantillon des techniques les plus chères aux photographes du mouvement.

Le Collage :

Il s’agit d’un assemblage des images issues de multiples domaines, dans le but de provoquer des rencontres insolites. Le collage surréaliste suggère de nouvelles associations visuelles, poétiques et oniriques comme le souligne André Breton : « On sait que le procédé du collage, qui consiste à juxtaposer des éléments plastiques empruntés à des ensembles distincts tels que photographies, gravures, au témoignage même de Max Ernst a pour objet de réaliser « l’accouplement de deux réalités en apparence inaccouplables sur un plan qui en apparence ne leur convient pas ». »

La Solarisation :

Il s’agit d’une réexposition du négatif en cours de développement. La solarisation constitue un voile, une ombre autour du sujet photographié. Certaines valeurs sont inversées par rapport à un développement normal. Ce procédé permet d’accéder à une vérité au-delà de ce qui existe. Man Ray se sert de cette technique pour la photographie de nu entre autres. C’est un corps qui se déréalise, qui devient fantasmatique.

Le Brûlage :

«  La photographie objective ne m’intéressait pas. Je guettais les heureux hasards dus aux « ratages » et j’exploitais le phénomène du  « brûlage » qui consiste a faire fondre progressivement le négatif soumis à une source de chaleur. Il s’agit là d’un procédé de désagrégation progressive de l’image donnant des résultats inattendus. Combien de clichés sacrifiés pour une fois de temps en temps une réussite dans l’automatisme ! » commentait Raoul Ubac.

Le Rayographage :

Le procédé du rayographe a été inventé par Man Ray en 1922. Il s’agit de réaliser des photographies sans appareil, en plaçant des objets sur une plaque sensible que l’on expose à la lumière.